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La famille Capétienne, cellule de la France

 

Tout État, si j’ose dire, est un vaisseau mystérieux qui a ses ancres dans le Ciel.

( Rivarol )

 

La famille capécienne est donc la cellule initiale qui a permis l’éclosion de cette atmosphère de paix, de lumière, de grâce religieuse et familiale que tant d’étrangers sont venus et viennent encore chercher en France. Ce qui retient, ce qui frappe c’est l’équilibre harmonieux, c’est une certaine conception de la vie faite de chaleur humaine, de bons sens, d’accueil, de simplicité et de croyance en Dieu.

De même que la famille est donc la cellule de la société, la famille royale de France a été primitivement, sans métaphore, la cellule de la France. Casanova a dit de la Confédération helvétique que c’était " une commune développée ". De même, on pourrait dire que la dynastie capécienne, par elle la monarchie française et par elle la France elle-même, est "une famille développée ". Et sa première vertu a été sa durée.

Les histoires courtes et coupées d’autres familles qui ont régné par accident ne furent que des aventures glorieuses ou fatales, ou bien glorieuses et fatales à la fois: elle seule est venue de loin dans les âges: elle seule a acquis une perpétuité par une hérédité prolongée de mâle en mâle, pendant huit cents ans. Elle seule a eu la mesure, que d’autres ont sautée et franchie: ce sens de la mesure a été sa force et a assuré sa durée. Elle seule a soutenu et maintenu pendant si longtemps ses institutions qui à leur tour l’ont soutenue et maintenue contre tout ce qui pouvait l’abattre et la saper: " Un État ne supporte pas sans se ruiner deux princes faibles à la suite, à moins que, comme la France, ses anciennes institutions ne la maintiennent" a noté Machievel. Et il le notait au début du XVI siècle, alors que la monarchie française n’avait guère plus de cinq cent ans (987-1515)

Aucun pays autre que la France n’est, dans le même espace de vie, parvenu à l’unité. Ni l’Allemagne, ni l’Italie, à qui il a fallu attendre le XIX siècle. La Grande-Bretagne, pour ses deux îles, a eu deux royaumes et trois États ; et, pour l’un au moins, malgré toutes les prises de soudure, l’unité ne s’est jamais faite. Pourquoi la nôtre, notre unité ?

Parce que nous avons eu, dès la fin de X siècle, la monarchie française, une et la même en ses diverses branches, dans la succession de Hugues Capet, dans la descendance de Saint-Louis qui, prudemment, s’est refusé à nourrir et enfler sa grandeur d’éléments, d’aliments inassimilables....

Le travail obscur et patient des siècles

La supériorité finale de la monarchie traditionnelle, en ce que sa tradition a d’imprescriptible, est qu’elle supporte la médiocrité, qui se perd, qui est noyée dans la moyenne, ce que ne peuvent faire des régimes dont l’infériorité, par contraste, est qu’ils sont obligés de fournir un homme de génie à chaque génération.

Or, sur les coups du génie, on fonde une renommée, une gloire, une histoire, une légende même, une fortune, une puissance, un gouvernement pour le temps que donne la force : on ne fonde ni la dynastie, ni un État. La splendeur de quelques années arrachées au destin ne supplée pas au travail obscur et patient des siècles. La monarchie a dans ses réserves de durée de quoi se passer de l’extraordinaire et de l’exceptionnel. Le Roi n’est pas un enfant du miracle. À la monarchie légitime, s’il échoit un homme de génie, tant mieux; c’est un don de Dieu fait à la France. Comme Philippe, surnommé plus tard Auguste, il est Dieudonné. Mais il n’en est pas pour elle un absolu besoin. Si le ciel n’en envoie pas un, ce sera une statue de moins sur le palais; mais la moyenne dynastique prépare l’absence ou la déficience du prince....

Ch.Benoist, La monarchie française ; ed. Dunod 1935


 
   
 
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