À l’occasion du 164e anniversaire de la
Déclaration d’indépendance du Bas-Canada,
le 28 février 1838.
par Gilles Verrier
L’indépendance et la république ont été solennellement déclarées par trois cents Bas-canadiens en armes le 28 février 1838 près de Noyan. La Déclaration d’indépendance a été lue de nouveau publiquement par Robert Nelson au mois de novembre de la même année, à Napierreville, là où les patriotes se comptaient par milliers. Il faut s’étonner de ce que la Déclaration d’indépendance de notre peuple ne soit pas célébrée comme Fête nationale, comme c’est le cas dans un nombre important de pays du monde. Comment expliquer la sous-estimation, voire l’oubli dans lequel est tombé l’acte ne naissance de notre peuple ? Car une Déclaration d’indépendance est bel et bien un acte de naissance.
L’importance de la lutte d’indépendance, appelée trop souvent " troubles " sans doute pour en minimiser le sens politique, n’est pas à mettre en cause. En effet, c’est par milliers que les Bas-canadiens participèrent à ces luttes que les Anglais prirent très au sérieux. On rappelle souvent les douze exécutions, mais il y eut également 60 déportations et plus de mille arrestations, soit deux fois plus d’arrestations qu’en octobre 1970 pour une population dix fois moins nombreuse. La face politique de l’Amérique britannique en fut changée. La lutte d’indépendance conduisit à l’Acte d’Union et à une écriture de l’histoire inspirée par la crainte de la répression. C’est dans ce contexte de violence coloniale qu’il faut interpréter le faible retentissement que la Déclaration d’indépendance a connu par la suite et qu’il continue d’avoir aujourd’hui. D’où vient que notre Fête nationale est le 24 juin et non le 28 février ? La commémoration de la Déclaration d’indépendance sonne-t-elle encore comme un interdit à nos oreilles ?
Pourtant, après 164 ans, l’œuvre libératrice entamée par nos familles patriotes n’a perdu aucun trait de son actualité. En fait, le Parti patriote existe toujours ! En sont membres d’office tous ceux et celles, Fils et Filles de la Liberté, qui veulent achever au plus pressant la tâche entreprise en 1838. Il suffirait d’un appel pour réveiller et rassembler de nouveau ce parti. Il suffirait de réunir ses membres pour qu’il puisse de nouveau faire corps avec son destin historique. Aujourd’hui, son action ne remuerait pas seulement le Canada et l’Empire britannique, elle pourrait même étonner le monde.
S’il devait se ranimer ou prendre encore une forme organisée, l’activité de ce parti ne pourrait s’inscrire que dans la continuité des gestes posés jadis. La première tâche du parti historique des Bas-canadiens consisterait à prendre le pouvoir à Québec pour couronner enfin, par une proclamation officielle, la Déclaration solennelle d’indépendance. Par cet acte de peuple libre, le Parti patriote prendrait sa revanche sur l’ignominieuse répression monarchiste de 1838 qui a retardé, par la violence coloniale, l’affranchissement de cette portion d’Amérique qui est la nôtre. Le peuple québécois rejoindrait alors le peuple étatsunien et les peuples latino-américains, de l’autre coté du colonialisme. Car, faut-il le rappeler, le colonialisme ne fut jamais renversé. Le passage graduel des pouvoirs de Londres vers Ottawa s’établissant dans une continuité constitutionnelle blindée, qui prit soin de garder intacte la sujétion collective des Bas-canadiens, puis des Québécois.
La deuxième tâche du Parti patriote serait de former une Assemblée constituante pour rédiger notre constitution, comme le voulaient les fondateurs du Parti en 1838, à l’article 15 de la célèbre Déclaration.
Le Canada n’est pas notre pays mais notre hymne national est le chant patriotique Ô Canada, chant de résistance à l’usurpateur anglais. Notre république est celle du Bas-Canada, notre pays, le Québec. N’hésitons pas à revendiquer ce qui nous appartient, l’usurpation de nos symboles ne devrait pas nous conduire à y renoncer. C’est également à ce niveau que se joue la lutte, tout ce que les " Canadian " espèrent c’est que nous lâchions prise, en l’occurrence notre histoire. Rappelons-nous que notre histoire est une épopée dont la Déclaration d’indépendance de 1838 constitue un moment singulier, incomparable, sublime.
Aujourd’hui, la lutte contre la monarchie demeure d’actualité. Les Patriotes s’opposent à Élisabeth II, dont les vassaux canadiens veulent faire payer au peuple, qui n’a rien de monarchiste, les frais du cinquantième anniversaire de son accession au trône de Grande-Bretagne. À bas cette reine, dont l’insensibilité à notre égard, marqué par la ratification de l’Acte constitutionnel de 1982, place son règne dans la continuité de ses ancêtres qui ont sanctionné la répression sanglante de notre vouloir vivre collectif. À bas les dinosaures " canadians " qui se prosternent devant une reine étrangère en tentant de nous faire croire que c’est là la grandeur du Canada alors que la vraie grandeur du Canada est inscrite dans la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada. L’occultation de notre histoire, l’appropriation du nom de Canada et de notre hymne national ne sont qu’une suite d’usurpations de notre identité auxquels nous n’entendons pas nous soumettre.
Je me souviens !
Vive la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada; achevons l’œuvre des Patriotes interrompue par la violence coloniale ! Vive le Parti patriote, notre parti national historique !
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Voici les trois articles de la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada dont la proclamation attend depuis 164 ans aux portes du Parlement de Québec. Pour l’honneur de ceux qui nous ont précédés dans la lutte, parfois au prix de lourds sacrifices ou de leur vie même, cette proclamation devrait reprendre tels quels les trois articles suivants tirés de la déclaration historique, en mémoire de ceux et de celles qui se sont battus franchement pour la liberté. L’esprit du Parti patriote est intrépide et déterminé, il rejette tout motif d’occupation du pouvoir qui est étranger à sa cause.
Déclarons solennellement :
- Qu’à compter de ce jour, le Peuple du Bas-Canada est ABSOUS de toute allégeance à la Grande-Bretagne, et que toute connexion politique entre cette puissance et le Bas-Canada CESSE dès ce jour.
- Que le Bas-Canada doit prendre la forme d’un gouvernement RÉPUBLICAIN et se déclare maintenant, de fait, RÉPUBLIQUE.
- Qu’aussitôt que les circonstances pourront le permettre, le Peuple choisira des Délégués suivant la division actuelle du pays dans les Villes, Bourgs, comtés, qui constitueront une Convention , ou corps législatif, afin de baser ou d’établir une Constitution , selon les besoins du pays , et conformément aux dispositions de cette Déclaration, sujette à être modifiée selon la volonté du peuple
Gilles Verrier ; 164e anniversaire de la Déclaration d’indépendance ; myrgag@videotron.ca ; 2002/02/26
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