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DOSSIER EXPLOSIF
Claude Turcotte LE DEVOIR Le lundi 14 mai 2001 La bataille pour sauver l'hôpital Montfort, le seul hôpital francophone en Ontario et même jusqu'aux rives du Pacifique, reprend de plus belle aujourd'hui devant la Cour d'appel de l'Ontario à Toronto, because la décision du gouvernement de Mike Harris de contester une décision unanime des trois juges de la Cour divisionnaire qui, en novembre 1999, donnait raison aux défenseurs de la cause francophone. Plus que jamais, ce dossier revêt un caractère explosif. Le contexte s'y prête particulièrement, ne serait-ce que le climat dans lequel s'est tenu la semaine dernière le débat sur le caractère bilingue de la nouvelle ville élargie d'Ottawa, dans laquelle se situe l'hôpital Montfort. Les arguments devant la cour divisionnaire pour la survie de cette institution étaient largement d'ordre constitutionnel, à savoir les droits des minorités linguistiques. D'ailleurs, les juges de la Cour divisionnaire eux-mêmes optèrent pour cette logique constitutionnelle en décrétant que la Commission de restructuration des services de santé, qui proposait cette réforme, avait contrevenu à la loi en décidant de transférer certains services offerts à Montfort dans des établissements bilingues de la région. "La Commission n'était pas libre de faire fi du rôle constitutionnel plus vaste joué par l'hôpital Montfort en tant que centre vraiment francophone, nécessaire à la progression et à l'amélioration de l'identité franco-ontarienne comme minorité culturelle en Ontario et à la protection de cette culture contre l'assimilation", concluaient les trois juges. En décidant d'en appeler de cette décision, le gouvernement ontarien prend du même coup position en faveur d'une conception du Canada qui a depuis toujours été rejetée par les communautés canadiennes-françaises. Si la Cour d'appel de cette province devait cette fois lui donner raison, il y aurait alors vraisemblablement des conséquences d'ordre politique dont il est difficile d'imaginer l'ampleur. Me Ronald Caza entend démontrer la protection constitutionnelle de cet hôpital en s'appuyant sur des déclarations des pères de la confédération, John A. Macdonald, George-Étienne Cartier et autres. "Les pères de la confédération voulaient s'assurer que ce qui arrive maintenant en Ontario n'arrive jamais. La décision du gouvernement ontarien d'enlever une institution de la minorité francophone est inacceptable du point de vue légal et du point de vue moral", soutient Me Caza. Les Franco-Ontariens sont bien sûr les premiers à mesurer l'importance de la situation. Symboliquement une cinquantaine d'entre eux ont pris l'autobus hier pour aller prêter leur appui moral à Me Ronald Caza et à son équipe qui défendront la cause de Montfort. Pour l'instant, les défenseurs de Montfort s'en tiennent au scénario optimiste. "Nous pensons que nous allons gagner. Nous avons gagné unanimement en première instance. Nous n'avons aucune raison de croire que nous allons perdre en appel", avance Michel Gratton, porte-parole de S.O.S. Montfort. Néanmoins, l'enjeu est tel que, pour la première fois, les audiences de la Cour d'appel d'Ontario seront télédiffusées à Radio-Canada, à la Télévision française de l'Ontario. Au moins deux réseaux anglophones ont l'intention de se brancher également sur cet événement. Le gouvernement fédéral, qui jusqu'ici était resté à l'écart, veut cette fois intervenir, tout comme la commissaire aux langues officielles, Dyane Adam. Il en est de même de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada. Le Québec n'est pas davantage indifférent à ce qui se passera dans cette Cour d'appel ontarienne. Hier, Guy Bouthillier, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a annoncé que jusqu'au 16 mai le drapeau franco-ontarien flotterait devant la Maison Ludger-Duvernay, en solidarité avec les Franco-Ontariens. "Montfort est extrêmement important pour les Franco-Ontariens mais il l'est également pour les Québécois. Quand la langue et la culture française sont attaquées comme elles le sont par le gouvernement de Mike Harris, nous sommes tous interpellés. Nous invitons tous les Québécois à démontrer leur solidarité avec Montfort", a déclaré M. Bouthillier, qui trouve au demeurant dans le mémoire du gouvernement Harris une sorte de retour au règlement 17 au début du 20e siècle, lequel bannissait le français des écoles ontariennes. Évidemment, cette nouvelle bataille juridique et forcément politique autour de Montfort draine beaucoup d'énergie dans la communauté francophone ontarienne. Le quotidien Le Droit d'Ottawa consacrait samedi trois articles à cette question, qui a fait l'objet d'une lutte depuis plus de quatre ans. Gisèle Lalonde, présidente de S.O.S, Montfort n'a rien perdu de son indignation, comme le rapporte Le Droit. "Je suis tellement fâchée que je ne me rends pas compte que je suis malade. Ça me choque de voir qu'on doit mettre du temps, de l'énergie et de l'argent pour nous battre avec le gouvernement au lieu d'acheter des équipements pour notre hôpital et de travailler au développement de nos écoles", déclare Mme Lalonde. ©Le Devoir 2001 |
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